Франція. L'Imitation de Notre-Dame

 

Jules Laforgue

L'Imitation de Notre-Dame la Lune

 

 

Soleil! soudard plaqué d'ordres et de crachats, Planteur mal élevé, sache que les Vestales À qui la Lune, en son équivoque œil-de-chat, Est la rosace de l'Unique Cathédrale,

Sache que les Pierrots, phalènes des dolmens Et des nymphéas blancs des lacs où dort Gomorrhe, Et tous les bienheureux qui pâturent l'Éden Toujours printanier des renoncements, - t'abhorrent.

Et qu'ils gardent pour toi des mépris spéciaux, Bellâtre, Maquignon, Ruffian, Rastaquouère À breloques d'œufs d'or qui le prends de si haut Avec la terre et son Orpheline lunaire.

Continue à fournir de couchants avinés Les lendemains vomis des fêtes nationales, À styler tes saisons, à nous bien déchaîner Les drames de l'Apothéose Ombilicale !

Va, Phœbus ! Mais, Dèva, dieu des Réveils cabrés, Regarde un peu parfois ce Port-Royal d'esthètes Qui, dans leurs décamérons lunaires au frais, Ne parlent de rien moins que mettre à prix ta tête.

Certes, tu as encor devant toi de beaux jours; Mais la tribu s'accroît, de ces vieilles pratiques De l'À quoi bon ? qui vont rêvant l'art et l'amour Au seuil lointain de l'Agrégat inorganique.

Pour aujourd'hui, vieux beau, nous nous contenterons De mettre sous le nez de Ta Badauderie Le mot dont l'Homme t'a déjà marqué au front; Tu ne t'en étais jamais douté, je parie ?

-          Sache qu'on va disant d'une belle phrase, os Sonore, mais très nul comme suc médullaire, De tout boniment creux enfin : c'est du pathos, C'est du Phœbus ! - Ah ! Pas besoin de commentaires...

Ô vision du temps où l'être trop puni, D'un : « Eh ! Va donc, Phœbus ! »te rentrera ton prêche De vieux Crescite et multiplicamini, Pour s'inoculer à jamais la Lune fraîche !

Lune bénie Des insomnies,

Blanc médaillon Des Endymions,

Astre fossile Que tout exile,

Jaloux tombeau De Salammbô, Embarcadère Des grands Mystères, Madone et miss Diane-Artémis,

Sainte Vigie De nos orgies,

Jettatura Des baccarats,

Dame très lasse De nos terrasses, Philtre attisant Les vers-luisants, Rosace et dôme Des derniers psaumes, Bel œil-de-chat De nos rachats,

Sois l'Ambulance De nos croyances ! Sois l'édredon Du Grand-Pardon!

Comme la nuit est lointainement pleine De silencieuse infinité claire ! Pas le moindre écho des gens de la terre, Sous la Lune méditerranéenne !

Voilà le Néant dans sa pâle gangue, Voilà notre Hostie et sa Sainte-Table, Le seul bras d'ami par l'Inconnaissable, Le seul mot solvable en nos folles langues !

Au-delà des cris choisis des époques, Au-delà des sens, des larmes, des vierges, Voilà quel astre indiscutable émerge, Voilà l'immortel et seul soliloque !

Et toi, là-bas, pot-au-feu, pauvre Terre ! Avec tes essais de mettre en rubriques Tes reflets perdus du Grand Dynamique, Tu fais un métier ah ! bien sédentaire !

Penser qu'on vivra jamais dans cet astre, Parfois me flanque un coup dans l'épi- gastre.

Ah! tout pour toi, Lune, quand tu t'avances Aux soirs d'août par les féeries du silence !

Et quand tu roules, démâtée, au large À travers les brisants noirs des nuages ! Oh ! monter, perdu, m'étancher à même Ta vasque de béatifiants baptêmes ! Astre atteint de cécité, fatal phare Des vols migrateurs des plaintifs Icares !

Œil stérile comme le suicide, Nous sommes le congrès des las, préside ;

Crâne glacé, raille les calvities De nos incurables bureaucraties ;

Ô pilule des léthargies finales, Infuse-toi dans nos durs encéphales !

Ô Diane à la chlamyde très-dorique, L'Amour cuve, prend ton carquois et pique Ah ! d'un trait inoculant l'être aptère, Les cœurs de bonne volonté sur terre ! Astre lavé par d'inouïs déluges, Qu'un de tes chastes rayons fébrifuges,

Ce soir, pour inonder mes draps, dévie, Que je m'y lave les mains de la vie !

Des nuits, ô Lune d'Immaculée-Conception, Moi, vermine des nébuleuses d'occasion, J'aime, du frais des toits de notre Babylone, Concevoir ton climat et ta flore et ta faune.

Ne sachant qu'inventer pour t'offrir mes ennuis, Ô Radeau du Nihil aux quais seuls de nos nuits !

Ton atmosphère est fixe, et tu rêves, figée En climats de silence, écho de l'hypogée D'un ciel atone où nul nuage ne s'endort Par des vents chuchotant tout au plus qu'on est mort? Des montagnes de nacre et des golfes d'ivoire Se renvoient leurs parois de mystiques ciboires, En anses où, sur maint pilotis, d'un air lent, Des Sirènes font leurs nattes, lèchent leurs flancs, Blêmes d'avoir gorgé de lunaires luxures Là-bas, ces gais dauphins aux geysers de mercure.

Oui, c'est l'automne incantatoire et permanent Sans thermomètre, embaumant mers et continents, Étangs aveugles, lacs ophtalmiques, fontaines De Léthé, cendres d'air, déserts de porcelaine, Oasis, solfatares, cratères éteints, Arctiques sierras, cataractes l'air en zinc, Hauts-plateaux crayeux, carrières abandonnées, Nécropoles moins vieilles que leurs graminées, Et des dolmens par caravanes, - et tout très Ravi d'avoir fait son temps, de rêver au frais.

Salut, lointains crapauds ridés, en sentinelles Sur les pics, claquant des dents à ces tourterelles Jeunes qu'intriguent vos airs ! Salut, cétacés Lumineux! Et vous, beaux comme des cuirassés, Cygnes d'antan, nobles témoins des cataclysmes; Et vous, paons blancs cabrés en aurores de prismes ; Et vous, Fœtus voûtés, glabres contemporains Des Sphinx brouteurs d'ennuis aux moustaches d'airain Qui, dans le clapotis des grottes basaltiques, Ruminez l'Enfin ! Comme une immortelle chique !

Oui, rennes aux andouillers de cristal ; ours blancs Graves comme des Mages, vous déambulant, Les bras en croix vers les miels du divin silence ! Porcs-épics

fourbissant sans but vos blêmes lances ; Oui, papillons aux reins pavoisés de joyaux Ouvrant vos ailes à deux battants d'in-folios ; Oui, gélatines d'hippopotames en pâles Flottaisons de troupeaux éclaireurs d'encéphales; Pythons en intestins de cerveaux morts d'abstrait, Bancs d'éléphas moisis qu'un souffle effriterait!

Et vous, fleurs fixes ! Mandragores à visages, Cactus obéliscals aux fruits en sarcophages, Forêts de cierges massifs, parcs de polypiers, Palmiers de corail blanc aux résines d'acier! Lys marmoréens à sourires hystériques, Qui vous mettez à débiter d'albes musiques Tous les cent ans, quand vous allez avoir du lait! Champignons aménagés comme des palais !

Ô Fixe ! On ne sait plus à qui donner la palme Du lunaire ; et surtout quelle leçon de calme ! Tout a l'air émané d'un même acte de foi Au Néant Quotidien sans comment ni pourquoi ! Et rien ne fait de l'ombre, et ne se désagrège ; Ne naît, ni ne mûrit; tout vit d'un Sortilège Sans foyer qui n'induit guère à se mettre en frais

Que pour des amours blancs, lunaires et distraits          Non, l'on finirait par en

avoir mal de tête, Avec le rire idiot des marbres Égynètes Pour jamais tant tout ça stagne en un miroir mort ! Et l'on oublierait vite comment on en sort.

Et pourtant, ah ! c'est là qu'on en revient encore Et toujours, quand on a compris le Madrépore.

Astre sans cœur et sans reproche, Ô Maintenon de vieille roche ! Très-Révérende Supérieure Du cloître où l'on ne sait plus l'heure,

D'un Port-Royal port de Circée Où Pascal n'a d'autres Pensées

Que celles du roseau qui jase Ne sait plus quoi, ivre de vase   

Oh ! qu'un Philippe de Champaigne, Mais né pierrot, vienne et te peigne ! Un rien, une miniature De la largeur d'une tonsure ;

Ça nous ferait un scapulaire Dont le contact anti-solaire,

Par exemple aux pieds de la femme, Ah ! nous serait tout un programme ! 

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