Франція. Mémoires de Guerre. Tome 3. Le Salut

 

Charles de Gaulle

 

Mémoires de Guerre. Tome 3. Le Salut

 

LA LIBÉRATION

Le rythme de la libération est d’une extrême rapidité. Six semaines après qu’Alliés et Français ont réussi la percée d’Avranches et débarqué dans le Midi, ils atteignent Anvers, débouchent en Lorraine, pénètrent dans les Vosges. Fin septembre, sauf l’Alsace et ses avancées, ainsi que les cols des Alpes et les réduits de la côte atlantique, le territoire tout entier est purgé d’envahisseurs. L’armée allemande, brisée par la force mécanique des alliés, assaillie en détail par la résistance française, se voit chassée de notre sol en moins de temps qu’elle n’avait mis, naguère, à s’en emparer. Elle ne se rétablira que sur la frontière du Reich, là où l’insurrection ne paralyse plus ses arrières. La marée, en se retirant, découvre donc soudain, d’un bout à l’autre, le corps bouleversé de la France.

Il en résulte que les problèmes innombrables et d’une urgence extrême que comporte la conduite du pays émergeant du fond de l’abîme se posent au pouvoir, à la fois, de la manière la plus pressante, et cela dans le temps même où il est aussi malaisé que possible de les résoudre.

D’abord, pour que l’autorité centrale puisse s’exercer normalement, il faudrait qu’elle fût en mesure d’être informée, de faire parvenir ses ordres, de contrôler leur exécution. Or, pendant de longues semaines, la capitale restera sans moyens de communiquer régulièrement avec les provinces. Les lignes télégraphiques et téléphoniques ont subi des coupures sans nombre. Les postes-radio sont détruits. Il n’y a pas d’avions de liaison français sur les terrains criblés d’entonnoirs. Les chemins de fer sont quasi bloqués. De nos 12 000 locomotives, il nous en reste 2 800. Aucun train, partant de Paris, ne peut atteindre Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Lille, Nancy. Aucun ne traverse la Loire entre Nevers et l’Atlantique, ni la Seine entre Mantes et la Manche, ni le Rhône entre Lyon et la Méditerranée. Quant aux routes, 3 000 ponts ont sauté ; 300 000 véhicules, à peine, sont en état de rouler sur 3 millions que nous avions eus ; enfin, le manque d’essence fait qu’un voyage en auto est une véritable aventure. Il faudra deux mois, au moins, pour que s’établisse l’échange régulier des ordres et des rapports, faute duquel le pouvoir ne saurait agir que par saccades.

En même temps, l’arrêt des transports désorganise le ravitaillement. D’autant plus que les stocks avoués de vivres, de matières premières, de combustibles, d’objets fabriqués, ont entièrement disparu. Sans doute un « plan de six mois », prévoyant une première série d’importations américaines, avait-il été dressé par accord entre Alger et Washington. Mais comment le faire jouer alors que nos ports sont inutilisables? Tandis que Dunkerque, Brest, Lorient, Saint- Nazaire, La Rochelle, ainsi que l’accès de Bordeaux, restent aux mains de l’ennemi, Calais, Boulogne, Dieppe, Rouen, Le Havre, Cherbourg, Nantes, Marseille, Toulon, écrasés par les bombardements britanniques et américains et, ensuite, détruits de fond en comble par les garnisons allemandes avant qu’elles mettent bas les armes, n’offrent plus que quais en ruine, bassins crevés, écluses bloquées, chenaux encombrés d’épaves.

Il est vrai que les alliés s’empressent de nous apporter le concours de leur outillage pour rétablir routes et voies ferrées sur les axes stratégiques : Rouen-Lille-Bruxelles et Marseille- Lyon-Nancy; qu’ils nous aident sans délai à aménager nos aérodromes, dans le Nord, dans l’Est et autour de Paris ; qu’ils poseront bientôt un pipe-line du Cotentin à la Lorraine ; que, disposant déjà des ports artificiels d’Arromanches et de Saint-Laurent-sur-Mer, ils ont hâte de prendre Brest et de déblayer Cherbourg, Le Havre et Marseille, afin qu’un tonnage suffisant soit déchargé sur nos côtes. Mais les trains et les camions qui roulent, les avions qui atterrissent et les navires qui abordent sont destinés essentiellement aux forces en opérations. Même, à la demande pressante du commandement militaire, nous sommes amenés à lui fournir une partie du charbon resté sur le carreau des mines, à lui permettre d’utiliser un certain nombre de nos usines en état de fonctionner, à mettre à sa disposition une importante fraction de la main-d’œuvre qui nous reste. Ainsi qu’on pouvait le prévoir, la libération ne va, tout d’abord, apporter au pays disloqué et vidé de tout aucune aisance matérielle.

Du moins lui procure-t-elle une subite détente morale. Cet événement quasi surnaturel, dont on avait tant rêvé, le voilà venu tout à coup ! Aussitôt, disparaît dans la masse la psychologie du silence où la plongeaient, depuis quatre ans, les contraintes de l’occupation. Eh quoi? On peut, du jour au lendemain, parler tout haut, rencontrer qui l’on veut, aller et venir à son gré ! Avec un étonnement ravi, chacun voit s’ouvrir à lui des perspectives auxquelles il n’osait plus penser. Mais, comme le convalescent oublie la crise surmontée et croit la santé revenue, ainsi le peuple français, savourant la joie d’être libre, incline à croire que toutes les épreuves sont finies. Dans l’immédiat, cet état d’esprit porte les gens à une euphorie où le calme trouve son compte. Mais, en même temps, beaucoup se laissent aller à de multiples illusions, d’où résulteront bientôt autant de malentendus.

C’est ainsi que de nombreux Français tendent à confondre la libération avec le terme de la guerre. Les batailles qu’il va falloir livrer, les pertes qu’on devra subir, les restrictions à supporter, jusqu’à ce que l’ennemi soit abattu, on sera porté à les tenir pour des formalités assez vaines et d’autant plus pesantes. Mesurant mal l’étendue de nos ruines, l’effroyable pénurie dans laquelle nous nous trouvons, les servitudes que fait peser sur nous la poursuite du conflit, on suppose que la production va reprendre en grand et rapidement, que le ravitaillement s’améliorera très vite, que tous les éléments d’un renouveau confortable seront bientôt rassemblés. On imagine les alliés, comme des figures d’images d’Épinal, pourvus de ressources inépuisables, tout prêts à les prodiguer au profit de cette France que, pense-t-on, leur amour pour elle les aurait conduits à délivrer et qu’ils voudraient refaire puissante à leurs côtés. Quant à de Gaulle, personnage quelque peu fabuleux, incorporant aux yeux de tous cette prodigieuse libération, on compte qu’il saura accomplir par lui-même tous les miracles attendus.

Pour moi, parvenu en cette fin d’un dramatique été dans un Paris misérable, je ne m’en fais point accroire. Voyant les rations à des taux de famine, les habits élimés, les foyers froids, les lampes éteintes; passant devant des boutiques vides, des usines arrêtées, des gares mortes ; entendant s’élever, déjà, les plaintes des masses, les revendications des groupes, les surenchères des démagogues; certain que, si nous disposons de sympathies chez les peuples, la règle de fer des États est de ne donner rien pour rien et que nous ne reprendrons rang qu’à condition de payer; évaluant lesfsa- crifîces à faire avant que nous ayons arraché notre part de la victoire, puis accompli un premier redressement, je ne puis me bercer d’illusions. D’autant moins que je me sais dépourvu de tout talisman qui permettrait à la nation d’atteindre le but sans douleur. Par contre, le crédit que m’ouvre la France, j’entends l’engager tout entier pour la conduire au salut. Pour commencer, cela consiste à mettre en place le pouvoir ; à provoquer autour de moi l’adhésion de toutes les régions et de toutes les catégories : à fondre en une seule armée les troupes venues de l’Empire et les forces de l’intérieur ; à faire en sorte que le pays reprenne sa vie et son travail sans glisser aux secousses qui le mèneraient à d’autres malheurs.

Il faut agir de haut en bas, mettre au travail le gouvernement. La plupart des « commissaires » d’Alger, qu’ils aient été à mes côtés depuis le temps de « la France Libre » ou qu’ils soient venus me rejoindre en Afrique du Nord, vont rester ministres à Paris. Mais tout me commande d’appeler au pouvoir d’autres personnalités, consacrées elles aussi par la résistance et demeurées à l’intérieur. Cependant, le remaniement ne pourra être immédiat, les ministres en fonction n’arrivant d’Alger que tour à tour. Quatre d’entre eux : Diethelm, Jacquinot, d’Astier, Philip, ont été visiter les troupes de la Ire Armée et les départements du Midi. Massigli s’est rendu à Londres lors de la libération de Paris pour entretenir plus facilement nos rapports avec l’extérieur. Pleven a pu me rejoindre. Mais les autres ont été amenés à différer leur départ. Quant à ceux que je choisis dans la Métropole, plusieurs sortent à peine de la clandestinité et ne peuvent être aussitôt à Paris. C’est seulement le 9 septembre, soit deux semaines après mon arrivée rue Saint-Dominique, que le gouvernement reçoit sa composition nouvelle.

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