Франція. Sur la grand-route

 

Anton Pavlovitch Tchekhov

Sur la grand-route

 

PERSONNAGES

EVSTIGUENIEV TIKHONE, cabaretier sur la grand-route.

BORTSOV SÉMIONE SERGUÉÏEVITCH, propriétaire ruiné.

MARIA IÉGOROVNA, sa femme.

SAVVA, vieux pèlerin.

NAZAROVNA, EFIMOVNA, pèlerines.

FÉDIA, ouvrier de fabrique.

MÉRIK IÉGOR, vagabond.

KOUZMA, un passant.

UN POSTILLON.

LE COCHER DE MME BORTSOV.

Pèlerins, conducteurs de bestiaux, passants, etc.

L’action se passe dans un des gouvernements du sud de la Russie.

Le cabaret de TIKHONE. À droite, comptoir et bouteilles. Au fond, la porte d’entrée. Au-dessus de la porte, à l’extérieur, pend une lanterne rouge, graisseuse. Le plancher et les bancs, qui entourent les murs, sont occupés par des pèlerins et des passants. Beaucoup d’entre eux, faute de place, dorment assis.

Nuit profonde. Au lever du rideau on entend le tonnerre, et on voit par les interstices de la porte le reflet des éclairs.

Scène première

EFIMOVNA, NAZAROVNA, SAVVA, FÉDIA, BORTSOV,

TIKHONE

Tikhone est à son comptoir. Sur l’un des bancs, à demi couché, Fédia joue paisiblement de l’accordéon. Près de lui est assis Bortsov, en pardessus d’été usé. Par terre, près des bancs sont étendus Savva, Nazarovna et Efimovna.

EFIMOVNA, à Nazarovna. - Pousse un peu le vieux, la mère, on dirait qu’il va rendre l’âme !

NAZAROVNA, soulevant un coin du cafetan que Savva a jeté sur lui, et qui cache sa figure. - Homme de Dieu, es-tu vivant, hein ? Ou es-tu déjà mort ?

SAVVA. - Pourquoi serais-je mort ? Je suis vivant, petite mère. (Se soulevant sur un coude.) Couvre-moi les pieds, pauvre femme ! Comme ça ! Un peu plus le pied droit. Comme ça, petite mère ! Que Dieu te donne santé.

NAZAROVNA, couvrant les pieds de Savva. - Dors, petit père !

SAVVA. - Comment dormir ici ? Il faut avoir la patience de supporter ce supplice. Fermer l’œil, petite mère, il n’y faut pas même songer. Un pécheur ne mérite pas de repos. Qu’est-ce qui fait du bruit, pèlerine ?

NAZAROVNA. - C’est de l’orage que le Seigneur envoie. Le vent hurle et la pluie bat ; ça roule comme des pois secs sur le toit et les vitres. Tu entends ? Les écluses du ciel sont ouvertes. (Il tonne.) Saint ! saint ! saint  !

FÉDIA. - Ça tonne, ça ronfle, ça gronde, on n’en voit pas la fin ! Hou-hou-hou ! C’est comme la forêt qui geint. Hou-hou- hou !... Le vent hurle comme un chien. (Il se ratatine.) Il fait froid ! Les habits sont mouillés à les tordre, et la porte est grande ouverte. (Il joue doucement.) Mon accordéon est trempé, chrétiens ; il ne fait plus de musique. Sans quoi, je vous aurais régalé d’un concert, qui ne serait pas à mettre sous un bonnet ! Splendide ! Un quadrille, si on veut, ou une polka, supposons. ou un petit couplet russe. Nous pouvons tout cela. Quand j’étais garçon d’étage au grand hôtel, en ville, je n’ai pas mis d’argent de côté, mais, dans l’entente de l’accordéon, j’ai dégoté toute la musique qu’on joue. Je sais jouer aussi de la guitare.

UNE VOIX AU FOND. - À crétin propos de crétin.

FÉDIA. - Crétin toi-même.

Un silence.

NAZAROVNA, à Savva. - Maintenant, vieux, il faudrait que tu sois couché au chaud pour réchauffer ton pauvre petit pied. (Une pause.) Vieux ! Homme de Dieu ? (Elle le pousse.) Te disposes-tu à mourir ?

FÉDIA. - Tu devrais, père, prendre un bon petit verre d’eau-de-vie. Ça te chaufferait le dedans ; ça te brûlerait, et ça te soulagerait un peu le cœur. Bois-en donc !

NAZAROVNA. - Ne fais pas le fanfaron, le gars ! Le vieux rend peut-être son âme à Dieu ; il se repent de ses péchés, et tu dis des mots pareils en brimbalant ton accordéon. Laisse ta musique ! Effronté !

FÉDIA. - Et toi, pourquoi te colles-tu à lui ? Il est sans force, et tu vas. bêtises de femmes !. Par sainteté, il ne peut pas t’envoyer un gros mot, et toi, sotte, tu es contente qu’il t’écoute. Dors, grand-papa, ne l’écoute pas ! Si elle bavarde, laisse-la faire. Une langue de femme, c’est le balai du diable ; il chasse de la maison le fou et le sage. Laisse-la faire. (Il lève les bras.) Et ce que tu es maigre, frère !. C’est effrayant ! Tu es tout à fait comme un squilette défunt. Aucune vie ! Et si, vraiment, tu allais mourir ?

SAVVA. - Pourquoi mourir ? Dieu me garde de mourir pour rien. Je serai malade quelque temps et me relèverai avec l’aide de Dieu. La mère de Dieu ne permettra pas que je meure en terre étrangère. Je mourrai à la maison.

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